Maroquinerie et voyage : « Il ne faut pas rester seul face aux mutations du commerce »

Nouvelle présidente de la Fédération Nationale des Détaillants en Maroquinerie et Voyage, Alexandra Le Creff souhaite renforcer l’accompagnement des professionnels face aux transformations du secteur. Numérique, formation, recrutement, transmission… Elle entend poursuivre la dynamique engagée et faire de la fédération un véritable point d’appui pour les détaillants en maroquinerie et articles de voyage.

Akexandra Le Creff
Alexandra Le Creff, nouvelle présidente de la Fédération Nationale des Détaillants en Maroquinerie et Voyage.

Élue le 8 juin 2026 à la présidence de la Fédération Nationale des Détaillants en Maroquinerie et articles de Voyage (FNDMV), Alexandra Le Creff succède à Sophie Brenot avec la volonté de poursuivre le travail engagé. À la tête de la Maroquinerie et Sellerie Françaises, connue sous l’enseigne Maroquinerie Barret, elle dirige une entreprise familiale implantée depuis plus d’un siècle au cœur de la Presqu’île lyonnaise et spécialisée dans la maroquinerie, la bagagerie et les accessoires de voyage.

Représentante de la troisième génération, Alexandra Le Creff a grandi dans une famille profondément ancrée dans les métiers du cuir et de la maroquinerie. Après avoir commencé sa carrière dans la grande distribution, où elle travaille pendant une dizaine d’années, elle rejoint l’entreprise familiale en 2010. Cette double expérience lui permet de connaître directement les difficultés rencontrées par le commerce, entre évolution de la consommation, concurrence du commerce en ligne, transformation des centres-villes, recrutement et transmission des entreprises.

Déjà engagée au sein de la FNDMV, elle intègre le bureau de la fédération en 2020 avant d’en devenir vice-présidente. Désormais présidente, elle entend poursuivre le travail engagé avec Sophie Brenot, devenue présidente d’honneur, tout en insufflant une nouvelle dynamique à l’organisation.

Vous venez d’être élue à la tête de la FNDMV. Pourquoi avoir accepté de prendre cette présidence aujourd’hui ?

Cette élection s’inscrit dans la continuité de mon parcours. Je représente la troisième génération d’une famille très liée à la maroquinerie et au travail du cuir. Mon grand-père était artisan tanneur, mon père a ensuite ouvert et repris des magasins de maroquinerie, et j’ai grandi dans cet univers. Depuis toute petite, je vois les collections se construire, je rencontre les fournisseurs, je touche les produits et j’observe la vie des boutiques. Même si j’ai commencé ma carrière ailleurs, ce métier a toujours fait partie de mon histoire.

Mon engagement au sein de la fédération s’est ensuite construit progressivement. Mon père faisait déjà partie de son bureau et j’ai moi-même rejoint l’organisation en 2020, avant d’en devenir vice-présidente. Les six années passées aux côtés de Sophie Brenot, ma prédécesseur à la tête de la FNDMV m’ont permis de mieux comprendre son fonctionnement et de travailler sur de nouveaux sujets. Prendre aujourd’hui la présidence, c’est poursuivre cette dynamique avec une équipe très motivée, mais aussi mettre mon expérience de commerçante au service de toute la profession.

« Prendre cette présidence, c’est mettre mon expérience de commerçante au service de toute la profession »

Quelles sont vos principales ambitions à la tête de la fédération ?

Ma première ambition est de rester au plus près des adhérents. Nous sommes souvent seuls dans nos magasins, absorbés par la gestion quotidienne, les clients, les équipes, les fournisseurs et toutes les décisions qu’un chef d’entreprise doit prendre. La fédération permet justement de rompre cet isolement, de partager des expériences et de faire avancer collectivement des sujets qui seraient beaucoup plus difficiles à porter individuellement.

L’autre priorité sera d’apporter un accompagnement très concret aux détaillants. L’idée est de partir des réalités vécues dans les boutiques, de faire circuler les bonnes pratiques et de mutualiser davantage de services lorsque cela est pertinent. Certaines solutions mises en place par un commerçant peuvent inspirer d’autres adhérents, à condition de les adapter à leur activité et à leur situation. La fédération doit faciliter ces échanges et aider chacun à avancer face aux transformations du secteur.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels les détaillants en maroquinerie doivent faire face ?

L’environnement commercial est devenu beaucoup plus complexe. Internet prend une place croissante dans les parcours d’achat, la concurrence s’intensifie et les habitudes des consommateurs évoluent rapidement. Nous ne pouvons pas rester sur nos acquis. Il faut comprendre ces changements, adapter nos pratiques et utiliser les nouveaux outils sans perdre ce qui fait la valeur de nos magasins.

La transformation des centres-villes constitue également un sujet majeur. La fréquentation change, certains flux se déplacent et les détaillants doivent parfois repenser leur offre ou leur manière d’attirer les clients. Notre secteur connaît aussi ses propres mutations. Les habitudes de voyage évoluent, les consommateurs recherchent des produits plus pratiques, plus légers, polyvalents et adaptés à de nouveaux usages. Ils sont également davantage attentifs à la qualité des matières, à la provenance des produits, à leur résistance ou encore à leur réparabilité. Cela nous oblige à rester curieux, à suivre les évolutions du marché et à faire évoluer régulièrement nos collections, tout en conservant l’expertise et la qualité de conseil qui nous caractérisent en tant que détaillant en maroquinerie et voyage.

« Il ne faut pas rester sur ses acquis. Nous devons évoluer avec notre époque tout en conservant notre identité »

Dans ce contexte difficile, le commerce indépendant possède-t-il encore de véritables atouts ?

La situation reste difficile, il ne faut pas le nier. La consommation est plus prudente, la fréquentation évolue et les clients arbitrent davantage leurs dépenses. Pour beaucoup de commerçants indépendants, l’activité demande aujourd’hui plus d’efforts, plus d’adaptation et une attention constante aux coûts comme aux attentes de la clientèle.

Mais je reste convaincue que notre modèle possède de vrais atouts. Les consommateurs sont aussi plus attentifs à la qualité, à la durabilité et au service qui accompagne leur achat. Dans un secteur où le choix d’un sac, d’une valise ou d’un accessoire dépend souvent de l’usage, des matières et du budget, le conseil d’un professionnel conserve toute sa valeur. Notre force réside dans la relation humaine, la connaissance des produits et la capacité à proposer une réponse réellement adaptée. Nous ne vendons pas simplement un article : nous accompagnons le client dans son choix et restons présents après l’achat grâce au service après-vente. Cette expertise doit être davantage mise en avant.

Que doivent faire les commerçants pour rester compétitifs et continuer à développer leur activité ?

Il faut d’abord rester attentif à ce qui se passe autour de soi. Les commerçants doivent observer les nouvelles attentes, tester des solutions et accepter de remettre en question certaines habitudes. Cela peut concerner la sélection des produits, la présentation de l’offre, la communication, l’accueil en magasin ou encore les services proposés aux clients. Il ne s’agit pas de suivre toutes les tendances, mais de comprendre lesquelles peuvent avoir du sens pour son commerce.

Il faut également continuer à renforcer notre différence. Un indépendant ne pourra pas toujours lutter sur le prix ou sur la profondeur de stock, mais il peut faire la différence par son expertise, sa disponibilité et la qualité de l’expérience proposée. Le client doit comprendre pourquoi il a intérêt à entrer dans une boutique spécialisée. Plus nous serons capables d’expliquer les produits, leur fabrication, leurs matières et leurs usages, plus nous renforcerons la valeur de notre métier.

Dans cette évolution du métier, quelle place accordez-vous à la formation et au recrutement ?

La formation continue est devenue indispensable. Elle concerne naturellement les salariés, qui doivent pouvoir développer leurs compétences et approfondir leur connaissance des produits, mais aussi les chefs d’entreprise eux-mêmes. Nous avons tous besoin de progresser, que ce soit sur le management, la gestion, le numérique, la communication ou les évolutions propres à notre métier.

Le recrutement représente également un enjeu important. Nous devons mieux comprendre les attentes des nouvelles générations et réussir à les intégrer durablement dans nos boutiques. Leur rapport au travail, au management ou à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle peut être différent. Il faut savoir en tenir compte, tout en leur transmettant les exigences, les savoir-faire et la passion de notre métier. La fédération a aussi un rôle à jouer pour aider les commerçants à mieux appréhender ces évolutions.

« La formation est indispensable, aussi bien pour les salariés que pour les chefs d’entreprise »

De même, comment la fédération peut-elle accompagner la reprise et la transmission des entreprises, sujet essentiel aujourd’hui ?

La transmission constitue en effet un sujet essentiel pour notre profession. De nombreux dirigeants vont devoir préparer la cession de leur commerce dans les prochaines années, alors que trouver un repreneur peut être long et complexe. Trop souvent, ces questions sont abordées tardivement, au moment où le chef d’entreprise souhaite déjà arrêter. Or une transmission réussie demande de l’anticipation, de la préparation et un accompagnement adapté.

Nous voulons donc aider les dirigeants à mieux préparer cette étape, mais également donner envie à de nouveaux entrepreneurs de rejoindre notre secteur. Il faut leur montrer que la maroquinerie reste un métier d’avenir, fondé sur le produit, le conseil et la relation humaine. Faciliter les rencontres entre cédants et repreneurs, partager les expériences et orienter les professionnels vers les bons interlocuteurs fera partie des pistes à développer.

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Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux détaillants indépendants ?

Je voudrais leur dire qu’il ne faut pas rester seuls. Une fédération est d’abord un lieu où l’on peut être écouté, rencontrer des professionnels qui vivent les mêmes situations et échanger librement sur ses difficultés. Cela fait du bien de constater que les problématiques rencontrées dans sa boutique sont aussi celles d’autres commerçants, mais surtout de pouvoir chercher ensemble des solutions.

Plus nous serons nombreux, plus la fédération sera forte et plus elle aura de poids pour représenter la profession et défendre ses intérêts. Nous traversons une période exigeante, mais nous devons rester optimistes. Le commerce indépendant a encore de l’avenir, à condition de continuer à évoluer, à se former et à travailler collectivement. Se rassembler est aujourd’hui l’un des meilleurs moyens de préparer les transformations de demain.

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