Election – Les professionnels de la mode ont déjà voté !

Durant 2 mois, les professionnels de la mode ont été invité à se prononcer sur ce qu’ils attendent des candidats à l’élection présidentielle. Entre déception, colère, et solutions pour l’avenir, nombre d’entre eux se sont mobilisés pour défendre leurs revendications.

Sondage conduit depuis le 12 janvier 2017, ayant recueilli à ce jour 1832 votes de professionnels du secteur de la mode.

1832, c’est le nombre de dirigeants de la mode qui ont participé à notre vote regroupant les revendications des professionnels du secteur. Une participation record et suffisamment importante pour dégager des tendances claires sur ce que détaillants et dirigeants de marques attendent des pouvoirs politiques ces prochaines années. Parmi les multiples thématiques sur lesquelles nous vous avons interpellé, les soldes et promotions ont, sans surprise, été beaucoup critiqués. Sans surprise car cela fait de nombreuses années que ces sujets reviennent souvent dans les débats, et malgré le lobbying régulier des fédérations professionnelles pour changer cette situation (Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin, Fédération Nationale de l’Habillement, Fédération des Détaillants en Chaussures de France …), rien ne semble bouger.

Les promotions à l’année ont anéanti les marges du secteur, complètement déboussolé le consommateur qui ne connaît plus le vrai prix, et tirent tout le marché vers le bas” 

A cela s’ajoute une inquiétude croissante face à la fuite des consommateurs des centres-villes, et la désertification des commerces qui s’ensuit. Au premier rang des accusés, la prolifération des surfaces commerciales qui se multiplient sans raison sur notre territoire (la vacance commerciale dans les centres commerciaux est passée de 4,6% en 2012 à 8,75% en 2015*). A tel point que 66% des professionnels de la mode se prononcent aujourd’hui pour un moratoire dans la construction de centre commerciaux. Enfin, comme attendu, le niveau des charges et le RSI sont également dans le viseur des indépendants. Un régime de sécurité social beaucoup critiqué ces dernières années, et que l’ensemble des candidats à la présidence souhaitent supprimer, reste à présent à savoir par quoi le remplacer, et surtout pour quel niveau de cotisations ? Sur ce sujet, beaucoup de discours, mais encore très peu de chiffres concrets.

Le changement, c’est pour quand ?

Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les pouvoirs publics se décident enfin à définir des règles qui permettent à tous les acteurs d’évoluer dans un cadre concurrentiel équitable ? Les promotions à l’année ont anéanti les marges du secteur, complétement déboussolé le consommateur qui ne connaît plus le vrai prix, et tirent tout le marché vers le bas. Moins cher, moins de qualité, moins de créativité, moins de compétence, et même moins de droit du travail, comme l’a montré notre enquête sur l’enseigne Primark, qui de son côté cartonne en France. Consommateurs, entreprises, Etat… à ce jeu à somme négative, très peu de gagnants, mais beaucoup de perdants !

A travers cette grande consultation que nous avons menée, l’objectif est aussi d’interpeller les politiques sur l’urgence de la situation dans le secteur de la mode, qui devrait connaître une dixième année consécutive de baisse de son chiffre d’affaires en 2017. Un secteur qui représente aujourd’hui 1 millions d’emplois et représente 3% de notre PIB, soit autant que l’automobile et l’aéronautique réunis ! Nos entrepreneurs sont dynamiques, innovants, et regorgent de solutions pour redonner un élan de croissance durable au secteur. Ils ont juste besoin d’évoluer dans un cadre économique stable et équitable. C’est ici que l’Etat doit intervenir.

Les professionnels de la mode témoignent

Fernanda Laurent, du magasin de prêt-à-porter Maud Boutique, à Baume-les-Dames : « Il est nécessaire de modifier la réglementation sur les promotions, soldes, ventes privées etc, pour que nous puissions arriver à un nombre de jours communs à tous les indépendants, enseignes et sites internet. »

Nathalie Bletry, de la boutique de prêt-à-porter Giulia, à Isola 2000 : « Il faut absolument interdire les ventes privées en dehors des périodes officielles, et décaler les dates de soldes d’au moins 15 jours. »

Aurélie Troulliot, du magasin de lingerie Eve Boutique, à Besançon : « Il faut absolument interdire les ventes privées anarchiques comme elles ont lieu aujourd’hui ! Il y en a trop et tout le temps… les clients ne veulent plus acheter et ne savent plus quand acheter, car ils ont le sentiment de se faire avoir à chaque fois. De plus, il est impossible pour les commerçants indépendants de suivre cette mode des grandes chaines car les marges et les fabrications ne sont pas les mêmes… »

Fabienne Marcin, de la boutique de chaussure Tandem, à Perpignan : « Il est indispensable de stopper la prolifération des grandes zones commerciales périphériques ! »

Bernard Sénior, de la boutique de prêt-à-porter Complices de Flore, à Marseille : « Il convient aujourd’hui de mieux contrôler les sites de vente sur internet sur les prix et remises qu’ils pratiquent, et, d’une façon générale, leur appliquer les mêmes règles de contrôle que celles qui existent dans les commerces traditionnels. »

Bernard Saby, de la boutique de lingerie A Fleur de Peau  , à Grenoble : « Je souhaite que les politiques prennent conscience et réagissent face à la désertification des centres-villes. La fréquentation ne cesse de baisser, qu’attendent nos personnalités politiques pour s’approprier ce problème, qui met en péril des milliers d’emplois ? »

Christelle Servel, du magasin de chaussure Pazapa, à Saint Malo : « La situation du commerçant de proximité devenant très précaire, je considère que les droits aux indemnités de chômage devraient être ouverts aux travailleurs indépendants qui ont pris des risques et qui se retrouvent souvent dans des situations financières plus que compliquées. De même, les droits à la retraite doivent être revus et harmonisés pour que les commerçants puissent aussi partir avec un revenu décent… il est fini le temps où ils vendaient leur pas de porte pour compléter la retraite. C’est en tout cas de plus en plus rare… Enfin, concernant les promotions, ras le bol du lobbying des grandes enseignes et de leurs promotions à tout moment de l’année en magasin et sur internet, déstabilisant pour les clients et impossible à suivre pour les commerce de proximité (politique discriminatoire). »

Catherine Gerbaud, de la boutique de linge de maison Vent du sud, à Uzes : « Outre les centres commerciaux, il convient également de limiter la construction de villages de marques. »

Patrice Karli, de la boutique de prêt-à-porter FanFan, à Sarrebruck, en Allemagne : « Au niveau de l’action que peut avoir le politique sur le commerce, il serait intéressant d’avoir une taxation des locaux commerciaux vacants, afin de favoriser la baisse des loyers. »

Monique Flageol, du magasin de prêt-à-porter Blanc Bleu, à Saint Flour : « Pour que les commerçants multimarques puissent continuer d’exister, il faudrait que les fournisseurs pratiquent des conditions d’achats plus intéressantes (échanges, reprises de stock, remises …) pour pouvoir être dans une concurrence égalitaire avec les franchises et internet. »

Anne Guinchard, de la boutique de prêt-à-porter et de lingerie Cent Dessus / Dessous, à Châtillon-sur-Seine : « Nous avons besoin d’un étiquetage digne de confiance, tant pour le commerçant que pour sa clientèle ! »

Guy Barbieux, du magasin de prêt-à-porter Mc Heinz, à Bailleul : « Le moratoire sur la construction de centres commerciaux doit être complété par une commission régionale de décision pour les ouvertures, avec des études sérieuses d’organismes totalement indépendants. Les niveaux de décision des mairies et départements doivent être supprimés, afin d’éviter la concurrence entre communes ne tenant pas compte des véritables besoins des territoires. Faire en sorte qu’il ne soit plus possible pour la plupart des élus locaux de tenir un double langage : “je veux mon centre commercial périphérique / je veux un centre-ville avec des commerces”. Ce sont à mon sens des visions électoralistes et incompatibles pour des villes de moins de 50 000 habitants. »

Gérard Woestelandt, gérant de 16 boutiques Jef Chaussures, dans le Nord de Paris : « Il faut revoir les règles et les coûts de l’apprentissage afin de favoriser la formation des jeunes en entreprise. Nous avons également besoin d’une baisse significative des charges salariales, ainsi que d’une revalorisation du SMIC pour favoriser la motivation au travail .»

Ludovic Becker, consultant : « Il faut faire du lobbying auprès des médias afin que soit reconnu la qualité spécifique de notre travail et nos différences. Que l’on cesse d’amalgamer les chaines et les indépendants sous le vocable “concurrence équilibrée” alors que les taux de marge sont totalement différents, du simple au triple voire plus. La presse, qui fait le lit d’internet et de la grande distribution, doit être plus équitable dans ses démonstrations et cesser d’écarter des centres-villes nos clients en niant notre apport au fonctionnement économique. Nous avons besoin d’aide certes, mais pas de nouvelles règles : il y en a déjà trop et il ne faut jamais oublier que ce qui s’applique aux autres s’appliquent à nous-mêmes. »

Franck Pezet, de la boutique de chaussure Au Chat Noir, à Aubusson : « Il faut bien s’interroger avant de vouloir à tout prix supprimer le RSI. Si les indépendants adhérent au régime général, les cotisations augmenteront de 15%. »

Véronique Lefèvre, de la boutique de lingerie Charme Lingerie, à Rouen : « Il faut adapter les lois sur les pratiques commerciales en dissociant les “petits indépendants” des gros groupes et de la grande distribution. Nous “jouons” actuellement au même “jeu” avec les mêmes règles, mais pas avec les mêmes cartes. »